Pussy Riot : Symbole d’une répression russe.

Les médias se sont emparés de cette affaire pour en faire un scoop à sensation. Mais derrière ce qui aurait pu être un fait-divers se cache une machination diabolique au plus haut sommet de l’état russe.

 

Pussy Riot est un groupe punk féministe créé en 2011 constitué d’une dizaine de chanteuses dont font partie Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samousevitch (30 ans) et Maria Alekhina (24 ans), et d’une quinzaine de personnes qui s’occupent de l’aspect technique de production de vidéos qui sont publiées sur Internet.

Ces 3 femmes viennent d’être condamnées, le 17 août 2012, chacune à 2 ans de camps pénitentiaire, et ce, non pour violence, crime ou vol, mais pour une chanson de 3mn !

Six mois plus tôt, en février, 5 membres des Pussy Riot, en cagoules et leggings fluos,  avaient alors organisé un happening “la prière punk” dans la cathédrale du Christ Saint-Sauveur à Moscou (photo ci-dessous) afin de dénoncer la connivence entre le pouvoir politique russe et l’église orthodoxe, au titre provocateur de “Vierge Marie mère de Dieu – chasse Poutine !”. Cette chanson, en cagoules et collants fluos, déclenche alors la colère de l’église orthodoxe et du régime avec des paroles comme : « Sainte Marie mère de Dieu, deviens féministe », « merde, merde, merde du Seigneur », « la Gay Pride est envoyée en Sibérie » et « chasse Poutine ».

Nadejda Tolokonnikova s’était déjà fait remarquer par ses actions et autres performances au sein du groupe Voina pour le droits des femmes en Russie en choquant l’opinion publique  (en 2008, alors enceinte de 8 mois, elle s’était déshabillée avec plusieurs autres couples à l’intérieur d’un musée, pour participer à un acte sexuel non simulé filmé et photographié dans le cadre d’une action contre Medvedev alors au pouvoir). Une autre de leurs actions a fait polémique (une autre membre du collectif était entrée dans un magasin d’alimentation pour se mettre un poulet dans le vagin pour en ressortir sans le payer, puis simuler une masturbation avec celui-ci dans la rue, et tout cela en étant filmé). Même si cette dernière action peut avoir une portée médiatique et une symbolique forte, CLÉAH se positionne contre le fait d’utiliser un animal, même mort, dans le cadre de ce genre de revendication féministe, car on ne doit pas combattre une domination (celle des hommes sur les femmes) par une autre (celle des humains sur les animaux). 

Dès l’arrestation des 3 Pussy Riot, une solidarité internationale s’est alors manifestée (des personnalités médiatiques à des centaines d’inconnues/inconnus) en demandant la relaxe des accusées. Mais rien n’y a fait, et après 3h d’un verdict plus religieux que politique en insistant sur l’offense commise à l’encontre des traditions orthodoxes, et en refusant de voir leur happening comme un acte politique, le tribunal de Moscou les a condamné pour “vandalisme motivé par la haine religieuse”,  “hooliganisme” et autres “trémoussements diaboliques”.

Un jugement prétendu clément par rapport  à la peine de 3 ans requise par le procureur, qui avait expliqué tenir compte de leur casier judiciaire vierge et du fait que deux d’entre elles avaient des enfants en bas âge (au départ, le justice russe avait promis un jugement sévère d’une peine maximale de 7 ans d’emprisonnement, mais le procès a divisé le peuple russe en provoquant l’indignation jusque dans les pays occidentaux). Face à la pression de l’opinion mondiale, le pouvoir russe avait semblé temporiser. Début août, en plein procès des Pussy Riot, Vladimir Poutine, de passage à Londres pour les JO, jugeait qu’il n’y avait “rien de bon” dans ce que les jeunes femmes avaient fait, mais semblait pencher en faveur d’une certaine indulgence : “Je ne pense pas qu’elles doivent être jugées trop sévèrement pour ce qu’elles ont fait”. Un jugement pas  “trop sévère” qui envoie cependant les Pussy Riot pour 2 ans dans des camps. Une mascarade politico-religieuse pour Poutine qui sait pertinemment qu’il doit compter sur l’église orthodoxe de plus en plus puissante dans son pays, pour pouvoir garder son poste de président-dictateur. Le patriarche Kirill (seizième patriarche de l’Eglise orthodoxe russe) avait qualifié leur action de « sacrilège » et le porte-parole du patriarcat, Vsevolod Tchapline, avait estimé que les jeunes femmes avaient commis un « crime pire qu’un meurtre » et devaient être « punies »: On comprend mieux le sort que la « jutice » leur a alors réservé.

 Violetta Volkova, avocate des Pussy Riot à l’annonce du verdict : “Nous ne pouvons même pas dire qu’une seule règle ait été respectée dans ce procès. Les autorités n’ont pas même essayé de lui donner un semblant de légalité, comme pour un procès qui serait basé sur la loi de la Fédération russe. Les violations ont été générales et systématiques. Les filles ont été torturées. Quant à la juge, là on atteint le paroxysme ! ”. Pour l’avocate, c’est Vladimir Poutine en personne qui a décidé du jugement de ses clientes et qu’il ne fait aucun doute que le tribunal est à sa botte. Aujourd’hui dans un camp, les 3 femmes (photo ci-contre) se refusent à demander une grâce présidentielle à Poutine, et même si elles ont perdu le procès, elles ont le sentiment d’avoir réussi à faire montrer à la face du monde entier ce que le régime russe fait subir à son peuple, comme à la pire époque de Staline :

Des arrestations par centaines d’opposants au régime, des fraudes électorales avec le refus d’inscrire certaines candidates /certains candidats et électrices/électeurs, la promulgation de lois interdisant les libertés de manifester et de se syndiquer, la censure de l’information (journaux et télé),  les intimidations arbitraires…
D’ailleurs, pendant que les Pussy Riot écoutaient le verdict de leur procès, un autre tribunal moscovite confirmait que la Gay Pride était bannie de la capitale russe pendant 100 ans.

 

Ce que démontre l’affaire des Pussy Riot, c’est bien l’emprise d’un pouvoir corrompu et totalitaire loin de l’idée de démocratie que Poutine veut faire passer au monde entier. La Russie est sous le contrôle d’un régime répressif pour toutes les libertés.

Les Pussy Riot sont devenues le symbole d’une revendication pour la liberté de tout le peuple russe contre le pouvoir despotique d’un Poutine dictateur !

.

Maria Alekhina (Photo ci-contre) avait fait un malaise lors d’une de ses venues au tribunal, car elle n’avait pas de quoi se nourrir convenablement par rapport à son profonde conviction et détermination à être vegan (exculant tout produit d’origine animale). Sous la pression internationale ou par peur de voir mourir cette femme en la faisant ainsi devenir une martyre pour la cause, elle a pu bénéficier d’un régime alimentaire adapté et ses jours ne sont donc plus en danger (au moins de ce point de vue là !).

Les 2 autres membres des Pussy Riots qui ont participé à l’action de la « prière punk » ont du fuir le pays, sans préciser où elles allaient, car elles sont aussi recherchées par la police. Ce qui prouve bien, que malgré les dire des responsables de l’état (Poutine en tête) et des religieux, que cette triste affaire est bien plus symbolique qu’ils veulent le laisser paraître et que c’est bel et bien une médiatisation d’un réel malaise en Russie.

Les commentaires sont fermés.